Entretien avec une poétesse anonyme de paris
- 13 oct. 2025
- 8 min de lecture
L'autre jour, en me baladant dans les rues de Paris, j'ai été attiré par un écrit sur un mur : caché dans un coin, à l'ombre, une photo sous verre, à côté de laquelle se trouvait un poème griffonné sur le papier. Puis, toujours au même endroit, un QR code, je le scannai pour voir ce qu'il contenait, et je fus agréablement surpris par ma découverte, agréablement car, ce n'était pas un "rick-roll", et surpris car je fus redirigé vers le compte instagram de la dame au verre d'eau (@ladameauverredeau), là, ébloui par la qualité de ces poèmes qui semblaient si confinés, si fragiles, je m'empressai d'envoyer un message à la fameuse dame, celle-ci me répondit et accepta d'avoir un entretient, celui-ci, que je vous révèle avec son accord, ici et maintenant :
- la vieille : Quel est ton nom ou ton pseudonyme ?
- la dame au verre d'eau : En divulguant mes textes je ne veux rechercher de la notoriété pour qui je suis, mais simplement partager mes mots, c’est pourquoi j’ai choisi un nom d’art. Car : « Da che mondo è mondo, ciò che non si conosce intriga » — depuis toujours, ce que l’on ne connaît pas éveille la curiosité. La dame au verre d’eau est un nom inspiré du tableau « Le déjeuner des canotiers » de Renoir, on y voit une femme, un verre d’eau à la main, elle semble détachée des autres, présente mais absente, perdue dans ses pensées. Cette même figure est évoquée dans le film Le fabuleux destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet. Je me reconnais en elle.
Dans un monde où l’identité semble incontournable, j’ai choisi la liberté de choisir qui être, la liberté de ne pas être qu’une seule chose.
- Où vis-tu ?
- Je vis à Rome depuis 7 ans maintenant, mais j’ai vécu à Toulouse pendant mon enfance (de mes deux ans à mes onze ans). Mon papa est français et ma maman italienne. Juste avant de commencer le collège, j’ai déménagé avec ma famille à Rome. J’ai étudié l’espagnol au collège, histoire d'apprendre une langue supplémentaire. Puis j'ai choisi un lycée scientifique avec l’option Cambridge (c'est-à-dire plusieurs cours non seulement en italien mais aussi en anglais avec des professeurs de langue maternelle anglaise). Des cours de Geography jusqu'aux cours de latin en anglais. L’an prochain j’aimerais continuer mes études à paris.
- Que veux-tu faire plus tard ?
- Pour le moment, je ne le sais pas, je veux juste étudier ce qui me passionne, vivre mon présent sans conjuguer ma vie au futur... tempo al tempo !
- D'où t'est venue l'idée ?
- J’ai commencé à écrire en mai 2024, je traversais une période difficile et écrire mes pensées m’aidait à libérer mon esprit tellement embrouillé. En ce temps-là ma meilleure amie écrivait des poésies, alors un jour en classe je me suis dit “pourquoi pas essayer moi aussi ?”
C’est ce que j’ai fait, j’ai écrit ma première poésie et l’ai envoyée à mon prof d’italien (qui parle français car il a enseigné à Paris). Il me répondit qu’il avait trouvé mon très joli texte et me dit de continuer. Au fil du temps j’ai commencé à partager toujours plus mes poésies et j’ai donc décidé d'ouvrir ce compte. Pour que toutes ces poésies respirent encore plus, pour qu'elles vivent au-delà de mon cercle de connaissances.
En 2025 j’ai gagné un concours littéraire avec une de mes poésies. Le prix était composé d’une somme d’argent accompagnée d’une enveloppe dans laquelle se trouvait aussi une petite lettre. Il y était écrit, en italien : “Prends soin de ton talent, de tes talents.” J’ai pleuré de joie pendant plusieurs heures après ça. Cet événement m’a beaucoup marquée et motivée… j’ai donc presque achevé mon premier recueil de poésie. Il est constitué d’un ensemble de poésies, presque toutes accompagnées de photos d’un photographe qui a gentiment accepté de m’aider dans ce projet.
- Qu'essaies-tu de partager au travers de cet art ?
- Tout et rien, mes poésies peuvent frôler certains et en laisser impassibles d'autres. J’aimerais simplement donner à mes textes une deuxième vie dans les yeux d’autrui.
Je crois que le message naît de lui-même, librement, de façon spontanée.
Chaque lecteur y trouvera ce qu’il est prêt à y voir. Et c’est très bien ainsi.
- Comment arrives-tu à gérer le temps pour tes poèmes, tes études atypiques et ta vie ?
- Mes poèmes ne sont ni un fardeau, ni une tâche à accomplir. Ils ne sont pas quelque chose que je DOIS faire. Ils sont une nécessité, une passion, et quiconque le sait mais quand on tient vraiment à quelque chose, peu importe nos mille engagements du quotidien, si on n’a pas de temps on le crée. En revanche, mes études prennent une place imposante dans ma vie ; j’essaie de trouver un équilibre entre ces dernières et ma vie.
- Écris-tu certains poèmes en italien ?
- Oui ! J’écris certains poèmes en italien, pour l’instant environ cinq ou six. J’ai même écrit une poésie bilingue : des strophes en français et en italien qui s'alternent donnant l’illusion qu’une traduit l'autre.
- Comment expliques-tu ce thème de l'art volatile et fuyard ?
- L'art en tant qu'oiseau est pour moi la personnification de Liberté, il est volatile car il est libre, il est fuyard car il peut aller où il veut, toucher quiconque sans frôler personne. L’art est un concept infiniment vaste et bien entendu ce que je propose n’est qu’un petit aperçu de sa grandeur, mais il est intéressant de noter que l’art se cache aussi dans toutes les petites choses qui tissent notre vie.
- Y a-t-il un auteur, des auteurs, un groupe d'auteurs, voir quoi que ce soit, qui t'aurait impacté ou influencé ?
- Littéralement tout ce que je vis m’influence, façonne mes textes et me transforme. Mais s’il y a une chose qui me touche profondément, ce sont les regards.
Parfois, les yeux d’inconnu, sont comme des étincelles — des fragments de vie, de silence, d’humanité. Ces instants fugaces m’inspirent toujours, je ne les oublie jamais. J’ai aussi cette habitude, quand je lis un livre, de noter tous les mots que je trouve intéressants, soit pour leur sonorité, soit pour leur signification ; certains me fascinent et je ne les laisse pas s'éloigner.
J'étudie en Italie, alors malheureusement je n’ai guère les mêmes connaissances en littérature française qu’une autre élève française de mon âge.
Mais j’essaie toujours de m’informer et de m'acculturer comme je peux, je lis les classiques français, de Molière à Romain Gary en passant par Flaubert ou Baudelaire. Mon auteur favori reste Patrick Modiano : j’aime son atmosphère floue, sa mémoire trouble, sa manière de suspendre le temps.
Une fois, un de mes professeurs m’a dit que mon style lui rappelait Verlaine et Mallarmé ; ma foi je n’ai pas encore eu l’occasion de lire leurs recueils.
Je crois que ce qui m’inspire le plus est tout l’amour que j’ai autour de moi et tout l’amour que je donne autour de moi.
- Comment qualifies-tu ton style ?
- C’est une question assez complexe, car je crois ne pas suivre un style précis ou rigoureusement défini.
Je n’utilise pas de schéma métrique particulier, mais j’aime quand mes vers riment. J’utilise souvent des figures de style, en particulier l’oxymore, que je trouve fascinant. L’idée d’accoster des termes opposés m’intrigue beaucoup comme si les contradictions pouvaient révéler une vérité plus profonde. En outre, je sais que certaines paroles sont récurrentes dans mes poèmes, et ceci n’est pas un hasard, il y a toujours une signification derrière. Par exemple le mot “nuit”…J’adore la nuit, surtout pour ce qu’elle évoque : son ambiance, son silence, cette forme de présence douce et mystérieuse qu’elle impose.
En conclusion, je pense que mon écriture s’inscrit davantage dans un registre contemporain, mais peut-être teintée de ma propre sensibilité — ma petite touche, disons.
- Pourquoi la langue française ?
- Le choix de la langue a été immédiat pour moi, l'inspiration me vient très souvent en français, peut-être pour sa sonorité, peut-être parce qu'en vivant à Rome cette langue me permet de m’éloigner un peu plus de ma réalité. C’est un choix passif, ou plutôt instinctif : je ne le contrôle pas vraiment. C’est dans cette langue que mes mots naissent, tout simplement.
- Aimes-tu ta vie ?
- J’adore ma vie.
Comme tout le monde, je traverse des hauts et des bas — mais c’est très bien ainsi. J’essaie de maîtriser ce qui peut l’être, et d’accueillir les imprévus qui surgissent sans prévenir.
J’aime ma vie, mais j’aime aussi le mouvement, les nouveautés, les départs.
Voyager, déménager, changer de quotidien… Cela m’effraie, bien sûr, mais c’est justement ce frisson qui me fait me sentir vivante.
À vrai dire, il m’arrive même d’attendre les imprévus, comme s’ils étaient des passerelles vers autre chose — une échappée loin de la routine, un petit vertige qui me pousse à avancer autrement. Et souvent, c’est plaisant.
- Quelles sont tes passions ?
- Au-delà de l'écriture j’ai plusieurs autres passions. Je joue du violon depuis mes 8 ans, 3 ans au conservatoire de Toulouse, 3 ans au conservatoire Santa Cecilia de Rome, puis le fait d’être enfermé dans un endroit de quête à la perfection m’a lassée et j’ai préféré continuer le violon privativement. En outre depuis mes 6 ans je danse, danse classique et moderne au conservatoire de Toulouse en passant par la pole dance à Rome pour enfin tomber amoureuse de la danse aérienne. Elle m’offre cette sensation unique : celle de voler, ce moment suspendu, où plus rien n’existe, un moment puissant et léger, un de mes paradoxes préférés. Je peins aussi de temps en temps, quand je suis inspirée. Mais je suis, plus que tout, passionné par la vie et les vivants.
- Y a-t-il quelque chose dont tu veux nous faire part ?
- Carpe diem ! Comme le disait Horace : « cueille le jour présent ». Ceci n’est pas un appel à l’excès, mais une belle invitation à ouvrir les yeux sur la richesse de chaque instant, même le plus simple. Apprécier ce qui est là, maintenant, dans les petites choses du quotidien.
Vivre pleinement le moment présent et semer des souvenirs qui, demain, nous feront sourire. Car même si les mots sont immortels, ils ne vibrent vraiment que si la vie les traverse. Sans vécu, sans élan, il n’y a pas de souffle dans l’écriture.
Alors vivons, ressentons et laissons les mots suivre.
- Comment se présente l’amour dans ta vie ?
- L’amour se faufile partout, dans chaque doux sourire inattendu, dans chaque geste qui résonne comme une caresse, dans les compliments anodins.
L’amour, à mes yeux, dépasse largement l’image qu’on s’en fait trop souvent — celle de deux personnes liées par des sentiments romantiques. Bien sûr, cet amour-là est beau, mais il n’est qu’une facette d’un sentiment bien plus vaste.
Pour moi, l’amour est avant tout un ressenti, une vibration du cœur. Il se niche dans les petites choses du quotidien comme une main tendue sans rien attendre en retour. L’amour, ce n’est pas seulement être avec quelqu’un, c’est être soi-même en paix, c’est faire ce qui nous anime. Dans ma vie, je suis entourée de tout cela — ces petites preuves d’amour simples, mais véritables.
- Voici la fin de notre échange, mais j'espère déjà qu'il vous a plu, et ensuite que nous aurons l'occasion de vous offrir plus de travail de ce genre au sein du journal de la vieille Sincèrement et avec toute sa passion, La Vieille
Rédigé par Emerick Bohan et "La Dame Au Verre d'Eau" le 13/10/2025


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